dimanche 13 mai 2007

«Gaddar Kel» Aliço et Adali Halil

A l’image leurs homologues grecs Hipposthenes (24 ans de règne) et Hetoimokles (20 ans), « le maître et l’élève » : Gaddar Kel Aliço (26 ans de règne) et Adali Halil (18 ans).
« Gaddar Kel » Aliço
Adali Halil

Alexander Karelin

Le meilleur contemporain et le seul à entrer dans les dix meilleurs combattants de l’Histoire.
La technique favorite de Karelin : la ceinture à rebours

Un visage impressionnant.


Lors de son troisième sacre olympique en 1996, à Atlanta (contre le local Matt Gaffhari).

Karelin, digne des héros grecs.

CARRIERE DU MEILLEUR DE TOUS LES TEMPS - Les grands Jeux sacrés de la Grèce Antique

Les Jeux Olympiques Antiques furent instaurés en 776 avant JC, avec une seule épreuve : la course du stade (un peu plus de 192m en ligne droite). La lutte fut ajoutée au programme en 708 avant JC.

Puis d’autres Jeux sacrés vinrent compléter la Période :
- les Pythiques, en 586 ou 582 avant JC ; célébrés la troisième année de la Période
- les Isthmiques, entre 594 et 580 avant JC, selon les sources (en 581 av. JC selon W.Decker et J-P. Thuillier dans Le sport dans l'Antiquité, paru aux éditions Picard, 2004); célébrés tous les deux ans en mai ;
- et les Néméens, en 573 avant JC ; célébrés tous les deux ans en juillet.

Le palmarès de Théagènes de Thasos, cité dans les commentaires de l’Elide (II) de Pausanias, aux éditions Les Belles Lettres, indique que les Jeux Néméens avaient lieu les années impaires (Théagènes vainqueur en 489, 487, 485, 483, 481, 479, 477, 475 et 473 av. JC) tandis que les Isthmiques avaient lieu les années paires (Théagènes vainqueur en 490, 488, 486, 484, 482, 480, 478, 476 et 474). « Paires » ou « impaires » en fonction de notre calendrier chrétien, bien sûr.

Mais une autre version (celle correspondant à la Période classique, entre la Grèce archaïque avant les guerres médiques, et la Grèce hellénistique après Alexandre le Grand) considère que les Jeux Néméens et les Jeux Isthmiques avaient lieu la même année.

La période (en grec ancien περίοδος / períodos) désigne, dans la Grèce antique, littéralement le « tour complet » des quatre plus grands sanctuaires, c'est-à-dire le calendrier sacré créé par la succession des quatre fêtes panhelléniques qui s'y tiennent sur un cycle de quatre ans qu'on appelle communément olympiade. Il s'agit, à l'époque classique des :

- Olympia, en l'honneur de Zeus à Olympie, fête pentétérique (qui a lieu tous les quatre ans révolus ; littéralement : « la cinquième année ») qui marque la première année de la période ;
- Isthmia, tenues en l'honneur de Poséidon à l'Isthme de Corinthe, fête triétérique (qui a lieu tous les deux ans révolus ; littéralement : « la cinquième année ») célébrée la seconde et la quatrième année de la période ;
- Nemea, fête également triétérique en l'honneur de Zeus, célébrée la même année que les Isthmia à Némée ;
- Pythia, qui prennent place à Delphes en l'honneur d'Apollon, selon un cycle pentétérique, la troisième année de la période.

Les concours qui accompagnent ces fêtes sont les plus prestigieux du monde grec, et le plus grand honneur est d'être vainqueur aux quatre concours d'une même olympiade : à partir du VIe siècle, le titre de périodonique vient saluer cet exploit et renforcer le lien entre ces différents concours.À l'époque hellénistique, de nombreuses cités créent leur propre concours et s'efforcent de rivaliser avec ceux de la période qu'elles copient : elles tentent de faire reconnaître leur fête comme panhellénique et isolympique (égale en prestige aux Olympia) ou isopythique (égale aux Pythia), mais bien peu y parviennent. Ce phénomène est accéléré par les rois hellénistiques.

Carte des sanctuaires grecs : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Map_greek_sanctuaries-fr.svg

Palmarès de Milon de Crotone

De Milon de Crotone, on sait qu’il remporta :
- un titre olympique dans la catégorie « paides » (15, 16 ou 17 ans) en 540 avant JC,
- puis 5 titres olympiques dans la catégorie « andres » (21 ans ou plus) en 532, 528, 524, 520 et 516 av. JC (échouant pour la première fois en 512 alors qu’il avait dépassé la quarantaine),
- ainsi que 7 titres pythiques, 10 isthmiques et 9 néméens.

On sait aussi qu’il fut six fois « périodonique », c’est-à-dire vainqueur d’au moins une fois chaque Jeux sacré au cours de la même Période.

On peut imaginer que les grands compétiteurs recherchaient, en plus du titre olympique, le statut prestigieux de « périodonique ». Certains ont réussi à l’être en remportant six couronnes sur la Période mais la plupart concédèrent sûrement des « impasses » ; c’est-à-dire se contentèrent d’un titre par année.

Par exemple, la carrière de Milon s’étalant sur 7 Périodes, en se contenant du minimum (un titre de chaque Jeux sacré par Période), il aurait dû remporter :
- 6 titres olympiques (un lui échappant à cause des catégories d’âge)
- 7 pythiques
- 7 néméens
- et 7 isthmiques.

En réalité, il obtint cinq titres supplémentaires : 2 néméens et 3 isthmiques. Cela signifie que, durant 5 des 7 olympiades que compte sa carrière, il doubla sa participation soit Jeux Néméens soit aux Jeux Isthmiques (en alternance, et en commençant par les Jeux Isthmiques). On peut supposer que les olympiades durant lesquelles ils se contenta « du minimum » pour être périodonique furent la première Période de sa carrière (trop jeune pour tenter plus) et la septième (trop vieux pour supporter une telle intensité).

Âge du champion (début de règne chez les « paides » en 540 av. JC : à 15, 16 ou 17 ans ?)

Milon de Crotone domina ses contemporains durant 7 olympiades (28 années) à partir de l’âge de 15 ou 16 ans (c’est-à-dire de 15 à 43 ans ou de 16 à 44 ans) entre 540 et 512 av. JC ; mais pas à partir de l’âge de 17 ans : sinon, il aurait pu concourir chez les « andres » en 536 av. JC (puisqu’âgé de 21 ans) et y aurait donc été battu. Or, il est dit qu’ « il ne posa jamais un genou à terre » ; ce qui signifie que même lors de son ultime combat (à l’âge avancé de 43 ou 44 ans), il ne fut pas mis à terre par son jeune adversaire.

S’il commença son règne à Olympie à l’âge de 15 ans (en 540 av. JC), son 1er titre pythique fut obtenu à l’âge de 17 ans (en 538) dans la catégorie « paides » et son deuxième (en 534) dans la catégorie « andres » puisqu’âgé de 21 ans.
S’il commença son règne à l’âge de 16 ans, son premier titre pythique fut obtenu chez les « imberbes » à l’âge de 18 ans (cette catégorie couvrant la tranche 18-20 ans).

Pausanias nous donne la réponse dans l’Elide 14,5 :
« […] à Pythô six victoires chez les adultes une chez les enfants là aussi […] ».
C’est logique puisque Milon de Crotone fut périodonique dans la catégorie d’âge « paides » comme personne d’autre ne le sera à l’exception de Moschon de Colophon en pugilat, vers 200 avant JC.

Milon de Crotone demeura ainsi invaincu de l’âge de 15 à 43 ans (entre 540 et 512 av. JC), plus que les 26 années de règne de « Gaddar Kel » Aliço sur le Kirkpinar : de 1861 à 1887 (battu en 1887 par « Koca » Youssouf Ismaelo).

Carrière sur sept olympiades

Pour établir la carrière, probable, de Milon de Crotone, c’est la version suivante qui sera retenue : les Jeux Isthmiques et Néméens avaient lieu, à deux ou trois mois d’intervalle (en mai et juillet), les deuxièmes et quatrièmes années de la Période.

60ème Olympiade : « Périodonique » (pour la 1ère fois)

Jeux Olympiques de 540 av. JC : « Olympionique » chez les « paides » (15 ans) (1er titre)
Jeux Isthmiques de 539 av. JC : « Isthmionique » (1er titre)
Jeux Pythiques de 538 av. JC : « Pythionique » (1er titre)
Jeux Néméens de 537 av . JC : « Néméenique » (1er titre)

61ème Olympiade : ne fut pas périodonique

Jeux Olympiques de 536 av . JC : Absent d’Olympie probablement parce qu’il appartenait cette année-là à la catégorie des « imberbes » (19 ans) non représentée aux Jeux.
Jeux Isthmiques de 535 av. JC : « Isthmionique » (2ème titre)
Jeux Pythiques de 534 av. JC : « Pythionique » (2ème titre)
Jeux Isthmiques et Néméens de 533 av. JC : « Isthmionique » (3ème titre) + « Néméenique » (2ème titre)

62ème Olympiade : « Périodonique » (2ème fois)

Jeux Olympiques de 532 av. JC : « Olympionique » chez les « andres » (21 ans ou plus) (2ème titre)
Jeux Néméens de 531 av. JC : « Néméenique » (3ème titre)
Jeux Pythiques de 530 av. JC : « Pythionique » (3ème titre)
Jeux Isthmiques et Néméens de 529 av. JC : « Isthmionique » (4ème titre) + « Néméenique » (4ème titre)

63ème Olympiade : Périodonique (3ème fois)

Jeux Olympiques de 528 av. JC : « Olympionique » chez les « andres » (3ème titre)
Jeux Isthmiques de 527 av. JC : « Isthmionique » (5ème titre)
Jeux Pythiques de 526 av. JC : « Pythionique » (4ème titre)
Jeux Isthmiques et Néméens de 525 av. JC : « Isthmionique » (6ème titre) + « Néméenique » (5ème titre)

64ème Olympiade : Périodonique (4ème fois)


Jeux Olympiques de 524 av. JC : « Olympionique » chez les « andres » (4ème titre)
Jeux Néméens de 523 av. JC : « Néméenique » (6ème titre)
Jeux Pythiques de 522 av. JC : « Pythionique » (5ème titre)
Jeux Isthmiques et Néméens de 521 av. JC : « Isthmionique » (7ème titre) + « Néméenique » (7ème titre)

65ème Olympiade : Périodonique (5ème fois)

Jeux Olympiques de 520 av. JC : « Olympionique » chez les « andres » (5ème titre)
Jeux Isthmiques de 519 av. JC : « Isthmionique » (8ème titre)
Jeux Pythiques de 518 av. JC : « Pythionique » (6ème titre)
Jeux Isthmiques et Néméens de 517 av. JC : « Isthmionique » (9ème titre) + « Néméenique » (8ème titre)

66ème Olympiade : Périodonique (6ème fois)

Jeux Olympiques de 516 av. JC : « Olympionique » chez les « andres » (6ème titre)
Jeux Néméens de 515 av. JC : « Néméenique » (9ème titre)
Jeux Pythiques de 514 av. JC : « Pythionique » (7ème titre)
Jeux Isthmiques 513 av. JC : « Isthmionique » (10ème titre)

67ème Olympiade : ne fut pas périodonique

Jeux Olympiques de 512 av. JC : Vaincu par Timasithéos de Crotone, un jeune compatriote qui obtiendra l’abandon de Milon par épuisement.

Avec cette description de la carrière probable de Milon de Crotone, l’estimation de la durée de son règne (« environ 26 années ») s’en trouve affinée : il serait bien resté invaincu 28 années et aurait régné exactement 27 années avec un seul « trou » dans sa carrière : la non-participation aux Jeux Olympiques de 536 avant JC. Puis, lors de la 29ème année de sa carrière, il aurait connu sa première défaite, par abandon, victime d’épuisement.

mardi 1 mai 2007

Gabarit du champion

Milon de Crotone était un symbole de force à une époque où la notion de « catégorie de poids » n’existait pas. Plus on était grand et surtout lourd, meilleur on devait être en lutte. D’ailleurs, Milon de Crotone était aussi célèbre pour son appétit et ses exploits de force pure que pour ses succès en lutte olympique.
Cet aspect de sa biographie permet de mieux appréhender son apparence physique. Il devait être :
- largement plus grand que ses contemporains (sans pour autant être un « géant » dépassant la barre des 2m puisque d’autres athlètes tels que Poulydamas et Glaukos étaient cités comme dépassant Milon)
- mais surtout, beaucoup plus lourd, tel les sumotoris suralimentés, puisque Milon lui-même recommandait un régime à base de viande qu’on appellerait aujourd’hui hyper-protéiné.

On peut le comparer aux meilleurs lutteurs, sumotoris, haltérophiles ou compétiteurs des concours intitulés « L’homme le plus fort du monde » tels qu’ils existent aujourd’hui.

Le meilleur lutteur du XXème siècle fut Aleksander Karelin. Un colosse dès sa naissance puisqu’il approchait les 7 kg. Adulte, haut de 1m91, il pesait 130 kg « sec », c’est-à-dire en ayant perdu presque toute graisse superflue, car la lutte olympique moderne a voulu privilégier le dynamisme en interdisant les gabarits misant trop sur l’inertie.

A l’image de ce lutteur, on retrouve les meilleurs concurrents de « L’homme le plus fort du monde », alliant force pure et dynamisme (selon les épreuves) ; à savoir les triples ou quadruples vainqueurs :
- Bill Kazmaier (3 fois vainqueur, en 1980, 81 et 82, mesurant 1m90 pour 145 à 159 kg ; par ailleurs joueur de football US et catcheur)
- Jon Pall Sigmarsson (4 fois vainqueur, en 1984, 86, 88 et 90, mesurant 1m90 pour 133 kg ; par ailleurs pratiquant de Glima, la lutte traditionnelle islandaise)
- Magnus Ver Magnusson (4 fois vainqueur, en 1991, 94, 95 et 96, mesurant 1m87 pour 130 kg)
- Marius Pudzianowski (3 fois vainqueur, en 2002, 2003, 2005 ; 1m86, 132 kg ; par ailleurs Kyokushin karatéka ceinture noire 4ème dan et boxeur)

Malgré l’excédent de poids que certains déclareraient inesthétique, on peut intégrer à cette liste le meilleur haltérophile du XXème siècle : Vassily Alexeyev (1m86, 160 kg) auteur de plus de 80 records du monde et double champion olympique des super-lourds (1972 et 1976).


Vassily Alexeyev

Enfin, chez les sumotoris, le meilleur fut probablement Torikishi Raiden (1m97, 169 kg), l'élève de Tanikaze, qui remporta 28 bashos (« tournois de l’empereur ») à une époque où il n’en était organisé que deux par an.

Estimation :
en calculant la moyenne de la taille et du poids :
- du meilleur sumotori (Raiden) : 1m97 pour 169 kg
- de la moyenne des meilleurs « hommes forts » : 1m88 pour 137 kg
- du meilleur haltérophile (Alexeev) : 1m86 pour 160 kg
- et du meilleur lutteur (Karelin) : 1m91 pour 130 kg
… on arrive à 1m91 pour 149 kg.

Sachant que le règne de Milon de Crotone s’est étendu sur 28 années, considérant qu’il a dû grossir à la vitesse de 1kg/an (c’est un rythme qu’on retrouve chez nombre de poids lourds, en boxe notamment), il devait peser 130 kg au début de son règne et 160 kg vers la fin.


Bill Kazmaier (à gauche, avec son rival Jon Pall Sigmarsson), «l’homme le plus fort du monde» aux début des années 1980 possède le physique que devait avoir Milon, prêtre d’Hera et se prenant parfois pour Herakles (Hercule) lui-même.


Bill Kazmaier et la statue de l’Hercule Farnese