mardi 10 juillet 2007

3 – En Pancrace

Le Pankration (ou Pancrace) est plus que la simple addition de la lutte orthopale” (littéralement « lutte debout ») et du « pygmachia » (littéralement « guerre des poings »). En réalité, c’est la synthèse de la lutte « alyndisis », où la poursuite du combat au sol est autorisée (avec des clés articulaires et des étranglements), et de « l’ano pankration » où les coups de pieds sont autant autorisés que les coups de poings (mais sans poursuite du combat au sol, dans les tours préliminaires des grands tournoi, par opposition au « kato pankration » qui l’autorisait). Aujourd’hui, on appellerait respectivement ces deux disciplines :

- le « grappling », tel qu’on peut le voir aux championnats d’Abu Dhabi, dérivé du Jiu-Jitsu (et plus spécifiquement des Ne-Waza ; c’est-à-dire les techniques d’immobilisation et de soumission au sol)


- et le « kick-boxing », au sens large, tel qu’on peut le voir au K1, dérivé du Muay Thaï.


Le dernier combat d’Arrhichion de Phigaleia est l’illustration de cette très large gamme de techniques. Subissant un étranglement, il réussit à arracher l’abandon de son adversaire en lui tordant la cheville. La victoire lui fut attribuée … bien qu’il meure des suites de l’étranglement. Cette troisième couronne à titre posthume est restée dans les annales (narrée par Philostrate). Et aucun autre pancratiaste (à l’exception de Dorieus de Rhodes) ne réussira à dépasser le record de trois couronnes olympiques ou pythiques en pancrace.

Athlètes - Jeux Olympiques (date des victoires) - Jeux Pythiques (nombre de titres) - Jeux Isthmiques (nombre de titres) - Jeux Néméens (nombre de titres)
Arrhichion de Phigaleia - 572 ; 568 ; 564 av. JC - ? - ? - ?
Timasitheos de Delphes - 516 ; 512 av. JC - 3 - ? - ?
Agias de Pharsalos - 484 av. JC - 3 - 5 - 5
Kallias d’Athènes - 472 av. JC - 2 - 5 - 4
Damagetos de Rhodes - 452 ; 448 av. JC - ? - ? - ?
Dorieus de Rhodes - 432 ; 428 ; 424 av. JC - 4 - 8 -7
Androsthenes de Mainalos - 420 ; 416 av. JC - ? - ? - ?
Sostratos de Sikyon - 364 ; 360 ; 356 av. JC - 2 - 6 - 6
Astyanax de Milet - 324 ; 320 ; 316 av. JC - 3 ? - 4 ? - 4 ?
Antenor de Milet (et citoyen honoraire d’Athènes) - 308 av. JC - 3 ? - 3 ? - 3 ?
Nikon d’Anthedon - 300; 296 av. JC - 2 - 2 - 4



* Comme son contemporain Tisandros de Naxos, Arrhichion de Phigaleia (vainqueur aux Jeux Olympiques de 572, 568 et 564 av. JC ; la dernière fois à titre posthume) peut ne pas avoir participé aux Jeux Isthmiques et Néméens ; ou tout simplement, ses victoires antérieures à 500 av. JC, ne sont pas répertoriées. Il fut le premier vainqueur « iconique » en Pancrace (trois victoires dans l’un des plus grands Jeux sacrés lui donnant le droit d’avoir une statue à son image, grandeur nature, consacrée dans le sanctuaire).

* Timasitheos de Delphes fut couronné en 516 et 512 av. JC à Olympie et trois fois chez lui, à Pythô (entre 518 et 510 av. JC). « Il a aussi à son actif des faits de guerre éclatants d’audace et qui ne manquèrent pas de succès, sauf le dernier car cette entreprise lui apporta la mort » Pausanias Elide II, 8, 6
* Agias fils d’Aknonios de Pharsalos (2m09) fut couronné en pancrace aux Jeux Olympiques de 484 av. JC en même temps que son frère Telemachos fut vainqueur en lutte. Il remporta aussi trois titres pythiques à Delphes et fut périodonique.

Agias de Pharsalos (2m09)

* Kallias fils de Didymias d’Athènes obtint son titre olympique en 472 av. JC (lors de la 77ème olympiade). Il fut périodonique remportant des victoires à Delphes en 478 et 474, à l’Isthme en 484, 482, 480, 476 et 474, et à Némée en 483, 481, 479 et 477. Plus tard, il fut ostracisé : banni dix années par l’assemblée du peuple d’Athènes car son ambition politique apparaissait comme une menace.

* Damagetos fils de Diagoras de Rhodes obtint ses titres olympiques en 452 et 448 av. JC, le second lors de la 83ème olympiade tandis que son frère Akousilaos remportait l’épreuve de pugilat. Sa statue haute de quatre coudées (1m80) fut observée par Pausanias à côté de celle de son célèbre et « colossal » père Diagoras ; affichant une taille de quatre coudées et cinq doigts (1m95).

* Fils cadet de Diagoras, Dorieus de Rhodes fut trois fois vainqueur au pancrace lors de la 87ème, de la 88ème et de la 89ème Olympiade en 432, 428 et 424 av. JC. Ce champion fut trois fois périodonique : à ses trois victoires à Olympie, il ajouta quatre victoires à Delphes entre 438 et 426 (une des victoires à Delphes ayant même été obtenue sans que personne n'ose s'opposer à lui), huit à l'Isthme de 438 à 424 et sept à Némée de 437 à 425. Il triompha également quatre fois aux Panathénées, quatre fois aux Asklépieia d'Epidaure, trois fois aux Hécatombiaia d'Argos et trois fois aux Lycaia d'Arcadie. Dorieus eut également une activité politique notable dirigée contre Athènes. Installé à Thourioi, il rejoignit les Lacédémoniens (Spartiates).

* Androsthenes fils de Lochaios de Mainalos (Ménale) remporta les Jeux Olympiques de 420 et 416 av. JC. Sa première victoire est utilisée par Thucydide (V, 49) pour évoquer les Jeux de 420 av. JC.

* Sostratos fils de Sosistratos de Sikyon remporta les Jeux Olympiques de 364, 360 et 356 av. JC. Triple vainqueur olympique et double pythionique, le "briseur de doigts" (son surnom provenant de sa technique favorite) gagna aussi six fois à l'Isthme et six fois à Némée. Son règne couvrit la période 367-356 avant JC.

* Astyanax de Milet (vainqueur aux Jeux Olympiques de 324, 320 et 316 av. JC) était reconnu supérieur à tous les autres pancratiastes de son temps et comme étant également très fort en pugilat. On a même dit qu’il avait été six fois périodonique, Knab précisant : 3 fois périodonique en pancrace et 3 fois en pugilat. Moretti interprète différemment le texte d’Eratosthène : Astyanax aurait été, en 316 av. JC, non pas le sixième périodonique en pancrace (puisque huit le précèdent : Theogenes, Agias, Kallias, Ephotion, Dorieus, Sostratos et Dioxippos) mais le sixième homme à avoir remporté tous les Jeux de la période en pancrace : 1 olympique, 1 pythique, 2 isthmiques et 2 néméens.

* Antenor fils de Xenares de Milet (et citoyen honorifique d’Athènes) fut invaincu dans les trois classes d’âge, c’est-à-dire « enfants » (juniors), « imberbes » (espoirs) et « adultes » (seniors), et non pas trois fois périodonique … puisque les catégories « enfants » et « imberbes » n’existaient pas aux Jeux Olympiques en pancrace. Sa victoire olympique fut obtenue en 308 av. JC.

* Nikon d’Anthedon (en Béotie) remporta les Jeux Olympiques en 300 et 296 av. JC. Il remporta également deux titres à Delphes (Pythô), deux à l’Isthme de Corinthe et quatre à Némée.

2 commentaires:

Jeronimo a dit…

Dioxippus, en latin, Dioxippos en grec (Διόξιππος), était un athlète de la Grèce antique, renommé pour ses nombreuses victoires en pankration (pancrace) au cours des grands Jeux sacrés (Olympiques, Isthmiques, Pythiques et Néméens). Ses talents et sa gloire étaient tels qu'il fut sacré champion Olympique par défaut en 336 avant J.C, alors qu'aucun adversaire n'avaient osé l'affronter. Ce genre de victoire se nomme un « akiniti » (littéralement : sans prendre la poussière) et n'a été accordé qu'à cette unique occasion aux Olympiques dans cette discipline.

L'histoire la plus fameuse concernant Dioxippus est sa victoire contre Coragus de l'armée macédonienne. Durant un banquet d'Alexandre le Grand, ami de Dioxippus, un puissant guerrier macédonien, nommé Coragus, défia Dioxippus en combat singulier. Ce dernier releva le défi. Malgré son amitié pour Dioxippus, Alexandre le grand et ses Macédoniens supportaient Coragus, alors que les Athéniens présents supportaient leur champion Dioxippus. Coragus se présenta sur le terrain avec une armure complète et resplendissante, portant toutes ses armes dont un javelot, une lance et une épée. Dioxippus, lui, vint sans armure et n'avait comme arme qu'un gourdin.

Coragus lança son javelot, qui vu esquivé par le pancratiaste. Puis il lança sa lance, qui fut brisée par le gourdin de Dioxippus. Avant que Coragus ne puisse se saisir de son épée, Dioxippus se saisit de son adversaire et le jeta au sol. Avec un pied sur la gorge de Coragus, il regarda la foule des spectateurs. Alexandre demanda à ce que Coragus soit épargné, et les Athéniens célébrèrent la victoire.

Cette victoire de Dioxippus fut également sa dernière. Alexandre devint de plus en plus hostile suite à cette situation embarrassante, et ses amis ainsi que des Macédoniens conspirèrent contre lui et placèrent une coupe en or sous son oreiller, l'accusant ensuite de vol. Dioxippus, mis dans une telle situation, écrivit une lettre décrivant la conspiration à Alexandre, et se suicida.

Cette histoire fut enregistrée par Arrien, historien romain de langue grecque du IIe siècle (v.95-v.175).

Jeronimo a dit…

Ephotion (ou Ephondion ou Ephendion) de Mainalos fut vainqueur olympique en pancrace lors des Jeux de 464 avant JC.